Où demeures-tu ?

Nous sommes introduits ce matin, par ce récit évangélique, au coeur d’une rencontre très spéciale. Quelque chose se perçoit à travers les ombres passagères de ces regards intenses que Jean se plait à souligner. Quelque chose qui dépasse le visible et le dicible.

Des réponses qui ouvrent

La sobriété des dialogues évoque un profond respect mutuel, comme si un silence passait d’un personnage à l’autre et les traversait un à un. Il passe entre Jean-Baptiste et Jésus sur qui il pose son regard, et à qui il transmet André et son compagnon qui se mettent à le suivre. Il passe entre ces deux disciples et Jésus qui les voient, les invitent et leur découvrent ce qu’ils voulaient voir : où Jésus demeure.
Pourquoi le suivent-ils en effet ? Que cherchez-vous ? leur demande Jésus. Leur réponse est une question. C’est cela le secret des relations profondes : des réponses qui ne ferment rien mais qui ouvrent ; qui ouvrent toujours plus grand le coeur et déploient notre désir de vie et de partage. Où demeures-tu ?

Un sentiment de confiance émane de Jésus

Ce n’est pas son salon qu’ils veulent visiter. Ils désirent entrer dans son intimité. Le connaître profondément, s’abreuver à la source de sa personnalité. Découvrir ce qui fonde ce sentiment de confiance qui émane de lui. D’où lui vient cette paix si attirante, cette puissance si délicate ?
Où demeures-tu ? Comment vis-tu ? Ta manière d’être, d’être vraiment là, d’où vient-elle ? Qu’est-ce qui fait que tu es si unifié, comme ramassé en toi-même et pourtant si ouvert ? ›Comme un ciel qui respire’ dirait le poète Christian Bobin !

Où demeures-tu ? Le verbe ›demeurer’ va marquer tout l’évangile de saint Jean. Jésus l’utilisera pour désigner sa relation au Père. Or c’est précisément là son secret, son mystère. Jésus demeure dans l’amour du Père (Jn 15, 10). Je suis dans le Père et le Père est en moi (Jn 13, 11) dira-t-il.

Demeurer veut aussi dire : durer

Venez et vous verrez. Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers la dixième heure. Quelle expérience ont-ils faite ? Le temps et l’espace sont comme bouleversés. Ils commencent à percevoir ce que Jésus expliquera plus tard en disant : Vous reconnaitrez que je suis dans le Père et vous en moi et moi en vous (Jn 13, 20). Jésus n’est pas seulement à côté d’eux, pas seulement avec eux. Cette découverte de sa relation au Père provoque en eux comme une ouverture intérieure. Un espace donc et aussi une autre perception du temps. Demeurer cela veut dire aussi : durer. Jean le note au passage de manière paradoxale : C’était vers la dixième heure. Quelque chose s’est ouvert à ce moment-là, une relation qui jamais ne se terminera. Demeurer avec Jésus, c’est passer du temps avec lui, mais un temps qui ne passe pas, un temps qui dépasse le temps.

Des questions qui touchent le coeur

Et vous chers amis : où demeurez-vous ? Qui demeure avec vous ? Qui demeure en vous ? En qui demeurez-vous ? Vous comprenez combien intimes sont ces questions en réalité. Elles touchent votre coeur et ceux qui y ont accès, bien plus que votre habitation.

Dieu repose en moi

Saint Paul exprime cette même expérience en rappelant aux Corinthiens que leur corps est le sanctuaire de l’Esprit Saint. Il le répète : Ne le savez-vous pas ? Nous avons du mal effectivement à le concevoir, et plus encore à ne pas l’oublier. Quelqu’un est en moi : Dieu repose en moi, se confie à moi ! Et même si je le sais, c’est comme si je l’oubliais aussitôt : je ne le vis que si peu ! Je gaspille ma vie comme si tout ce qui était en moi, était à moi ! Paul nous rappelle l’inverse. Celui qui habite en vous, c’est à lui que vous appartenez ! Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été achetés à grand prix. Nous avons été rachetés au prix du sang d’un agneau sans tâche comme les Hébreux en Égypte.

L’Agneau de Dieu connaît le prix de nos vies

Je gaspille ma vie sans trouver repos en rien parce que j’oublie celui qui demeure en moi et qui attend que je me repose en lui, qui attend que je demeure en lui. Je gaspille ma vie parce que j’oublie à qui j’appartiens. Voici l’agneau de Dieu dit Jean-Baptiste à ses disciples. Voici celui-là seul qui connaît notre valeur, le prix de nos vies. Quand Jésus, agneau silencieux et innocent, regarde les deux disciples il voit ceux pour qui son sang coule dans ses propres veines et bientôt sera versé. Il leur fait percevoir combien ils lui sont chers.

Alors ce matin je vous le demande : connaissez-vous ce regard de Jésus sur vous ? Avez-vous fait cette expérience ? Savez-vous combien Jésus désire vous voir le suivre pour pouvoir vous poser la question : que cherches-tu ? Pour que son désir de demeurer en vous interroge votre désir de demeurer en lui. Pour que son désir de se reposer en vous interroge votre désir de se reposer en lui. Pour que son désir de se confier à vous interroge votre désir de se confier à lui.
N’est-ce pas pour faire et refaire cette expérience que nous célébrons maintenant cette Eucharistie ?

Frère Marc de Pothuau, Cistercien – Abbaye d’Hauterive, Posieux, extrait du site Portail catholique suisse

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