Fête du Saint Sacrement Jn 6,51-58

L’institution de l’eucharistie est située par les 3 autres évangélistes Matthieu, Marc et Luc le jeudi saint. St Jean lui, l’aborde aujourd’hui après la multiplication des pains où Jésus a distribué une nourriture terrestre à la foule affamée.
Après avoir nourri une foule nombreuse qui avait faim, Jean relate les paroles de Jésus sur le pain de vie qui donne la vie éternelle.
« Moi je suis le pain vivant qui est descendu du ciel ».
Le pain, une chose toute simple et toute humaine. Le pain nourriture de base dans tout le bassin méditerranéen. Qui n’en mange pas meurt très vite !
A ce besoin physique de manger pour ne pas mourir, Jésus nous projette dans l’au delà des mots. Jésus se dit lui-même « pain », nourriture de vie. Il affirme en plus que ce pain est d’origine divine « descendu du ciel » et qu’il est « pain vivant ».
Quel est donc ce pain qui m’interroge sur la nature de ma faim ? De quoi ai-je faim ?
De quoi est-ce que je me nourris ? Qu’est-ce que vivre pour moi ?
Nous n’avons pour la plupart d’entre nous, pas de problème pour manger à notre faim.
Nous disposons de la nourriture en suffisance pour nous-même et même pour nos animaux domestiques . Par contre, nous sommes capables souvent de nous nourrir sans nous préoccuper de ce que nous mangeons. Nous pourrions même parfois avaler des plats savoureux, fins et raffinés sans prêter attention à leur saveur, aux personnes qui les ont préparés et à la terre qui les ont produits.
Ce qui nous distingue de l’animal ne serait-ce pas essentiellement notre capacité à penser nourrir notre corps …et notre âme. L’homme est corps …et esprit.


L’homme est fait de chair mais pas que…Le Verbe s’est fait chair mais le Verbe n’est pas que chair.
L’Évangile de ce jour nous renvoie au mystère de l’incarnation . Dieu s’est fait homme en prenant chair de la Vierge Marie. Mais en prenant notre condition d’homme il n’a pourtant jamais cessé d’être Dieu. Et en prenant notre condition il avait une intention : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » nous disent les Pères de l’Église !
Le Christ dans l’Évangile d’aujourd’hui nous invite à considérer sa proposition de devenir nous-même ce que nous recevons ! Réalisons ce que nous chantons dans ce beau chant de communion :
« devenez ce que vous recevez, devenez le corps du Christ » ! Devenez ce que vous mangez !
Même s’il existe aujourd’hui une proposition de manger sain, manger local, manger bio, notre temps vit aussi à l’heure de la malbouffe et des fastfood .
En anglais junk food. Le mot junk peut se traduire, au choix, par « déchet » ou encore « ordure ».
La malbouffe est le terme populaire donné à la nourriture jugée mauvaise sur le plan diététique en raison notamment de sa faible valeur nutritive et de sa forte teneur en graisses ou en sucres. Les hamburgers, les hot-dogs, les frites, les pizzas, les sodas en sont des archétypes. Elle favorise l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, le cancer, etc. La surconsommation de la malbouffe peut entraîner la malnutrition.
Mais notre nourriture n’est pas faite que de nutriments à manger . Ce que nous lisons, ce que nous entendons constitue aussi notre nourriture. Ne dit-on pas « alimenter » notre réflexion ? « Nourrir » un débat ? « S’abreuver » de bonnes paroles ? « Dévorer » du regard ? « Déguster » des remarques ? « mâcher » ses mots ?
Consciemment ou non, nos 5 sens sont en éveil et notre responsabilité consiste à ne pas subir mais à choisir ce qui entre du dehors de peur que la malnutrition ne gagne notre corps/esprit.
Le christ lui-même, nous invite à manger sa chair « pour que le monde ait la vie ».
Jésus désire ardemment partager sa vie divine, la vie éternelle.
Au fou disent les juifs : « comment celui-là pourrait-il nous donner sa chair à manger ? » Loin d’esquiver la question il en rajoute une couche : « Amen, amen si vous ne mangez pas la chair du fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous ! ».
Quiconque se cramponne à la compréhension immédiate des mots ne peut pas accéder à ce que Jésus veut dire. D’une réalité charnelle Jésus nous emmène vers la réalité spirituelle. Attention, le dépassement fantastique des mots auxquels nous sommes invités dans la foi, ne doit pas nous faire aboutir à un sens seulement métaphorique ou édulcoré.
Le mot « manger » revient 6 fois dans notre Évangile. L’Evangile c’est du concret et certains traducteurs précisent même en utilisant le verbe « mâcher » qui apparaît aussi dans le texte grec. Celui-ci fait écho à la recommandation aux fils d’Israël pour le repas pascal de mâcher soigneusement la nourriture comme pour s’en imprégner davantage.
Il n’y a là rien de magique mais un profond symbolisme très réaliste et très signifiant.
C’est par notre corps que se nourrit et s’exprime notre vie spirituelle.
Jésus veut nous faire passer d’une réalité visible à une réalité plus profonde.
L’incrédulité des juifs s’entend dans la question « comment pourrait-il ? »
La foi de Marie la pousse à poser tout autrement sa question à l’ange à l’annonciation : « comment cela se fera-t-il ? »
Et nous, comment recevons nous le corps du Christ lorsque nous communions ?
Percevoir que l’hostie que nous mangeons est le « pain vivant venu du ciel » n’est pas dans notre nature.
Pour comprendre, pour entrer à petit pas dans ce grand mystère nous pourrions comme l’a fait Marie, demander tout simplement : «Seigneur, comment cela se fera-t-il et comment puis-je dignement t’accueillir? Qu’il me soit fait selon Ta Parole ! »

Extrait du site https://upramillies.be/

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