« Reste avec nous Seigneur, car le soir tombe et le jour déjà touche à sa fin »

William Barclay disait que cet évangile des disciples d’Emmaüs est l’un des plus beaux récits de la littérature mondiale. Luc est le seul à nous le raconter. Marc en fait allusion dans un unique verset (Marc 16, 12). 

Découragés, les deux disciples retournent à leur village. «Nous espérions…» C’est toujours tragique lorsque nous parlons de notre espérance au passé. L’imparfait traduit bien le désespoir : «Nous espérions, mais maintenant nous n’avons plus d’espérance».

Ce manque d’espérance, nous le retrouvons partout. Dans la vie de l’Église, l’espérance est une flamme fragile.  Nous espérions que le christianisme puisse se développer mais nos églises se ferment et se vendent, nos diocèses risquent la faillite, peu de jeunes étudient pour la prêtrise. Nous espérions qu’après 2000 ans de christianisme… qu’après Vatican II… Nous espérions que nos enfants, avec l’éducation qu’ils ont reçue de nous, puissent transmettre le flambeau de la foi à leurs enfants… 

Dans nos propres vies, nous devons parfois faire face à des situations humainement sans issue : un grand espoir déçu, un deuil cruel, un échec cuisant, une maladie incurable, la fin d’une grande amitié, un revers de fortune, une calomnie ou une médisance provenant d’un ami, une «dépendance» à la drogue, à l’alcool, au jeu, une infidélité désastreuse… Et comme les disciples d’Emmaüs, nous rentrons à la maison, la tête basse, le regard éteint. 

Nous sommes tous, à un moment ou l’autre, sur la route d’Emmaüs : Nous nous retrouvons alors à la tombée du jour, quand la lumière faiblit et menace de s’éteindre, découragés et sans solutions à nos problèmes. Nous continuons à avancer parce qu’il faut bien aller de l’avant, mais le coeur n’y est plus. Notre route s’enfonce déjà dans la nuit… 

C’est à ce moment que Dieu veut entrer de nouveau dans notre vie. Il vient à travers un ami, un collègue de travail, un parfait étranger, un événement heureux ou malheureux. 

Au premier abord, nous ne reconnaissons pas le Christ qui fait route avec nous. Nous l’avions laissé dans nos églises, dans le tabernacle. Mais il est là, qui accompagne notre pèlerinage de vie. 

Le Christ écoute avec attention nos histoires et nos mésaventures. «Tu es bien la seule personne qui ne se rend pas compte de ce qui se passe. Dans la famille, ça va mal. Il y a la maladie, l’incompréhension, les frictions… Dans l’Église ça va mal. Le dimanche, nous ne sommes plus que des vieux à participer à l’eucharistie… Dans le monde, nous avons toutes sortes de problèmes avec la santé, les taxes, les gouvernements… Partout on ne parle que de guerres, de violence, de drogue, de conflits de toutes sortes… Tu es sûrement la seule personne qui ne sait pas ce qui se passe dans le monde.» 

Alors l’étranger fait relire les Écritures. Mais cette fois, il en fourni des clés d’interprétation. Et voici que la Parole de Dieu, que nous pensions connaître, se met à éclairer nos réalités quotidiennes d’une lumière nouvelle.  

Avec calme, l’inconnu fait revoir ces événements sous un angle nouveau.  La condamnation par les chefs, c’est vrai… la cruauté et l’injustice, c’est vrai… la mort sur la croix, c’est vrai… Mais si on projetait sur ces faits une autre lumière! Si on essayait une autre explication! Si on tentait d’éclairer tout cela par la Foi! 

Le Père n’a pas dit à son Fils: «Tu devras mourir sur la croix». Mais il lui a dit : «Tu aimeras jusqu’à la fin, d’un amour sans limite». La mort du Christ était le point culminant de cet amour sans frontière, et non pas le signe de sa défaite. Petit à petit, pour les disciples d’Emmaüs, la lumière se fait. La Parole de Dieu fournit un éclairage différent. 

Le point tournant du récit a lieu lorsque les deux compagnons de voyage offrent l’hospitalité à l’inconnu : «Reste avec nous… il se fait tard, le jour baisse… viens à table chez-nous». Le Christ se fait reconnaître là où il y a communion fraternelle. Ce sens profond du partage, nous le retrouvons dans toute la Bible : Abraham sous le chêne de Mambré (Genèse 18)… Le Christ qui frappe à la porte (Apocalypse 3, 20)… Le dogme de l’amour fraternel dans S. Mattieu, chap.25 : J’avais faim et vous m’avez donné à manger… 

L’étranger qui leur fait relire le passé à  la lumière de la Parole de Dieu, leur ouvre un avenir nouveau. À la fraction du pain, ils le reconnaissent et peuvent maintenant retourner à Jérusalem en plein cœur de la nuit pour retrouver les autres, ceux qu’ils ont abandonnés le matin même. 

Le texte d’évangile d’aujourd’hui se termine sur une très belle scène : les disciples s’échangent le message pascal : «Le Seigneur est ressuscité». Et c’est la grande joie. La foi vivante, la foi véritable commence là où commence la joie de la rencontre. «Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux». (Mt 18,20). 

L’histoire des disciples d’Emmaüs nous invite aujourd’hui à relire notre passé à la lumière de la Parole de Dieu, à accueillir le frère et la sœur dans le besoin et à partager ensemble le pain eucharistique : trois chemins que Jésus emprunte pour venir à notre rencontre et redonner un sens à notre vie.

Par le Père Yvon-Michel Allard, extrait du site https://www.cursillos.ca/

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