Jeudi Saint, fête des prêtres paraît-il également ?

Etonnante cette fête du Jeudi Saint. Fête de l’eucharistie par excellence, fête des prêtres paraît-il également ? Et voilà que pour une telle fête nous sommes toutes et tous invités à méditer le texte du lavement des pieds. Qu’est-ce à dire si ce n’est peut-être remettre les pendules à l’heure. D’abord la fête du sacerdoce : le lavement des pieds par le Christ nous rappelle que ce sacerdoce est avant tout un service, un service d’Eglise de par notre baptême. Au risque de décevoir mes chers frères en Saint Dominique, mais je ne le crois pas, notre sacerdoce n’est pas un mieux, un plus qui fait de nous des super-chrétiens. Nous sommes de simples baptisés, même si trop souvent hélas, aujourd’hui encore, nous sommes d’abord considérés dans notre fonction de prêtre, c’est-à-dire plutôt comme des êtres ayant déjà trouvés Dieu. La fête de ce soir, nous rappelle que nous aussi, quel que soit notre ministère nous sommes toujours des chercheurs de Dieu. Sans plus ni moins. Des chercheurs de Dieu, avec leurs doutes et leurs convictions.

Des chercheurs de Dieu, qui par la spécificité de leurs ministères célèbrent ce mystère qui les dépassent complètement : celui de l’Eucharistie. Temps que nous nous offrons au coeur de nos vies, fête de l’amour extrême, célébration de l’amour jusqu’au bout pour reprendre les termes de l’évangéliste. L’eucharistie, signe visible de Dieu, nous pousse à aller au-delà de ce sacrement de la rencontre entre le Père et son humanité. Il est force offerte en vue du service. Service d’Eglise, service du monde. L’épisode du lavement des pieds nous convie à faire ce chemin d’humilité au coeur de ce que nous sommes pour nous rappeler que tout ce que nous faisons, nous avons à le vivre comme un service, un don de nous-mêmes pour quelque chose qui nous dépasse et qui cependant nous fait vivre. De par le baptême, chacune et chacun, nous sommes appelés sur le chemin de nos vies, trouvant force dans nos eucharisties, pour donner un peu de nous.

Trop souvent dans nos communautés, par ce que nous faisons, nous attendons la reconnaissance des autres, voire même leur admiration. Et voilà que Jésus ce soir nous rappelle que notre tâche est service, service au nom de l’amour jusqu’au bout. Nous nous trompons et nous trompons celles et ceux que nous croisons sur nos chemins d’humanité, et peut-être même trompons-nous Dieu, si les raisons de notre travail, du don de nous-mêmes sont avant tout besoin de reconnaissance, quête d’identité. Ces dernières viennent par elles-mêmes, elles ne sont pas à chercher, à trouver. Notre unique moteur, d’après le Christ, c’est l’amour. L’amour du service, l’amour des choses simples. En fait, l’amour de la vie.

Comme si l’épisode du lavement des pieds était une invitation à découvrir que tout est à faire par amour. C’est vrai, il y a des choses que nous essayons d’éviter de faire, et pourtant, lorsque nous aimons, cela ne nous pose plus aucun problème de le faire pour la personne aimée. Le fait d’aimer importe plus que le fait de faire. Laver des pieds n’a rien de fort amusant ; laver les pieds de l’être aimé change la perspective, puisque l’amour rendre l’être premier. L’action qui découle de cet amour est légère, toute empreinte de tendresse et ne se soucie pas d’elle même puisque la personne aimée reprend sa place au coeur de la rencontre. Quelque part, Dieu en son Fils est fou de nous demander une telle chose. Elle demande un sacré chemin d’humilité : celui de refuser d’entrer dans cette spirale incessante de la reconnaissance, de faire taire en soi cette quête égocentrique pour tout simplement accepter de servir, uniquement servir par amour. Comme si cette fête du Jeudi Saint était un petit clin d’oeil envoyé du Ciel pour nous chanter qu’en tant que baptisés, il n’est plus question de prestige, de droits, de notre dignité égoïste mais bien d’une vie au service de l’amour jusqu’au bout. C’est parce que le Christ nous a aimé, jusqu’au bout, qu’il a été capable de traverser les épreuves que nous commémorons ces jours-ci. Que cet amour de Dieu, transfiguré dans nos relations, soit ce qui anime en vérité nos vies. La dernière Cène, l’eucharistie peut alors être vécue comme la fête de l’amour par excellence. Un amour qui va au-delà de ce que nous sommes pour se vivre à jamais en Dieu.

Amen.

Cochinaux Philippe, extrait du site https://dominicains.be/

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