Faire ses Pâques !

Une expression qu’on entendait souvent, il n’y a quand même pas si longtemps. Si on l’entend peu fréquemment maintenant, la réalité est pourtant encore là : chrétiens, chrétiennes, nous ne pouvons pas ignorer la fête de Pâques, la fête chrétienne par excellence, cette fête que l’Église nous a invitée à préparer par cette longue démarche du Carême. Pâques, célébration de notre salut, de ce mystère qui est au cœur de notre foi, de notre vie de baptisés. Pâques, manifestation de ce désir qui nous habite tous, et même beaucoup de ceux et celles qui ne sont pas croyants, ce désir d’une une vie meilleure, qui durera au-delà de la mort.

La fête de Pâques, les communautés chrétiennes des débuts ne célébraient que cette fête-là, et chaque dimanche, qu’elles appelaient à cause de cela, Jour du Seigneur, Jour de la Résurrection. Puis l’Église des premiers siècles a voulu, une fois par année, donner plus d’ampleur à la célébration de la Résurrection du Seigneur, au printemps, alors que la vie resurgit, particulièrement ici dans notre coin du monde. Elle a alors a créé le triduum pascal, la liturgie des Jours Saints. Plus tard, on a pensé que cette fête méritait qu’on la prépare par une démarche toute spéciale et est alors apparu le carême. C’est dans cette longue tradition d’une foi vivante que nous nous inscrivons.

Une grande fête que celle de Pâques, célébration de notre foi en Celui qui nous ouvre cette route de la pleine réussite de notre vie. Pâques, c’est cette fête qui nous fait dire, proclamer qui on est, qui nous fait nous identifier comme disciples de Jésus, disciples du Ressuscité, de celui est pour nous lumière et vie. De fait, beaucoup de baptisés, qu’ont dit actuellement peu pratiquants, prennent conscience de cela et sentent le besoin de célébrer chrétiennement la fête de Pâques, de faire leurs Pâques. Faire ses Pâques, est-ce que ce ne serait pas exprimer le meilleur de nous-mêmes, dire notre intention de réaliser ce qui habite notre coeur, manifester notre désir le plus profond, celui d’être heureux, maintenant et toujours et pour cela nous mettre à la suite du Ressuscité ?  C’est bien maintenant, au cœur de notre histoire, notre histoire à chacune, chacun de nous individuellement, à nous tous ensemble, que Dieu accomplit son œuvre d’amour. C’est maintenant qu’il ouvre pour nous des chemins d’avenir.

Voilà qu’en ce 5e dimanche du Carême, l’Évangile vient nous rappeler quel est le secret de Jésus, quel désir fort habitait son cœur, au point de marquer toute sa vie et de le rendre suffisamment fort pour s’engager sur le chemin de la souffrance et de la mort. À quoi pensait-il quand il s’est engagé sur ce chemin qui le mènerait à la croix, quand il a vécu sa Pâque ? Au moment de s’engager sur ce chemin, Jésus a ces mots : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.  Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits.  Le grain de blé qui meurt… pour vivre ! Cette belle image du grain de blé qu’on jette en terre dit bien ce que Jésus a voulu vivre, lui qui est allé jusqu’à sacrifier sa vie pour que nous vivions. Dans la croix du Seigneur, nous découvrons jusqu’où il a voulu aller pour nous prouver son amour.

Saint Paul, reprenant une hymne de la liturgie des toutes premières communautés chrétiennes, écrit ceci : Jésus, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais Il s’est anéanti lui-même, prenant la condition de serviteur, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. Cette révélation de l’attitude fondamentale du coeur de Jésus est aussi une révélation de l’essentiel de ce que nous sommes, de ce que nous devons chercher à être. Nous sommes faits, nous aussi, pour le don total de nous-mêmes dans l’amour. Il y a des moments, des événements dans notre vie où cet appel nous est adressé. Ne serait-ce pas ce que nous vivons présentement, nous retrouver dans un monde brisé, qui nous fait vivre tout plein d’inquiétude et pas seulement celle de la pandémie.

Nous ne sommes pas faits pour nous-mêmes, pour nous préoccuper de notre seule personne : le but de notre vie, c’est d’aimer, de nous tourner vers les autres !  C’est vrai pour nous aussi qu’il n’est pas de plus grand amour que de donner notre vie pour ceux que nous aimons. N’est-ce pas alors que notre vie prend tout son sens ? La loi du grain de blé tombé en terre qui meurt pour donner une moisson abondante, c’est aussi la loi de notre vie, parce que nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, parce que nous sommes disciples de son Fils.

Quand Jésus nous dit : Celui qui aime sa vie la perd, celui qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle, il ne cherche pas à employer une formule frappante.  C’est pour lui une réalité évidente. Si nous prenons le temps de bien y penser, c’est aussi une réalité évidente pour toute personne dont le coeur est capable d’aimer en vérité. Tel est le secret du grain de blé : donner sa vie pour vivre et porter du fruit. C’est l’image que Jésus utilise pour nous dire ce sentiment qui habitait son cœur, qui a marqué toute sa vie. Ce doit être ce qui caractérise aussi notre vie. Et c’est ce que nous dit l’Eucharistie.

Un jour, Jésus a voulu célébrer la Pâque, son passage à travers la mort vers la vie, avec ses amis les plus proches. Pour cela il a pris du pain et a dit : Ceci est mon corps livré.  Puis, il a pris du vin et a dit : Ceci est mon sang versé. Nous ne devons jamais oublier ces deux expressions qui nous disent l’attitude fondamentale du coeur de Jésus au moment de sa Pâque : Mon corps livré…  Mon sang versé.  Chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, ce signe nous est donné du geste suprême d’amour de Dieu pour nous : Livré… versé !  Chaque fois que nous participons à l’Eucharistie, nous entendons Dieu nous poser cette question fondamentale: Quel est le vrai but de votre vie ?  Qu’est-ce qui peut faire que votre vie soit réussie ? Qu’est-ce qui peut vous faire vivre en vérité, vous rendre profondément heureuses, heureux ?

L’image du grain de blé, de la semence que les cultivateurs vont bientôt jeter en terre, nous le rappelle, bien plus que de longs discours. Célébrer Pâques, c’est redécouvrir que le chemin que le Christ a ouvert devant nous est le seul chemin du bonheur, pour nous et pour les autres, même si chemin passe par la croix. Suivre le Christ, n’est-ce pas aussi cela ?

Marc Bouchard, prêtre, extrait du site http://www.seminairedequebec.org

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