« Tout est prêt : venez au repas de noce. »

28ème Dimanche du temps ordinaire (Année A)

Luc et Matthieu rapportent tous deux cette même parabole dite des « invités à la noce ». « Voilà : mon repas est prêt, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés. Tout est prêt : venez au repas de noce. »

En St Matthieu, ce récit nous étonne par ses aspects cruels : « Des invités empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. » « Et le roi… fit punir les meurtriers et brûla leur ville… »

Il faut replacer cette parabole dans son contexte. Elle fait suite à celle des vignerons homicides. Elle est insérée dans la lutte de légitime défense que Jésus mène contre les chefs des prêtres et les pharisiens qui ont déjà décidé de l’éliminer. Cette première partie de la parabole annonce le sort que subira bientôt Jérusalem. Faut-il rappeler que Matthieu écrit son évangile vers 75-80 en s’adressant en priorité aux chrétiens d’origine juive. Ces chrétiens sont rejetés par le judaïsme officiel, et, vers l’an 80, ils sont exclus des synagogues. Ce qui explique la dureté de Matthieu envers les pharisiens et la place qu’il accorde à la Galilée, symbole à ses yeux du salut offert aux nations païennes. Matthieu insiste en effet à toutes occasions sur l’universalité de l’Evangile. « Vous êtes les premiers invités. Vous ne voulez pas participer. » Le roi dit aux serviteurs : « Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en sont pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce ».

Comme en toute parabole, Jésus désire délivrer un Message évangélique destiné à faire réfléchir et surtout faire évoluer les mentalités, convertir les cœurs, générer de nouveaux comportements.

La noce, c’est celle de Jésus venu sur terre pour faire alliance avec l’humanité. Venu dans et par le Peuple juif, Jésus annonce que son projet de salut s’adresse à tous les Peuples. Or il n’a pour moyens que de proposer d’adhérer et de répondre librement à son invitation. Dieu n’a de puissance pour convaincre que celle de la parole adressée dans l’intimité du cœur de chacun. Ce qui réclame de l’attention, de l’intérêt, du recueillement, de l’intériorité. Ceux qui sont rassasiés, qui n’ont plus faim ni soif, croient tout savoir, tout posséder et avoir déjà tout expérimenté, ne peuvent qu’être murés dans leurs certitudes et ne pas entendre les invitations à rejoindre la salle où le fils promet une alliance d’Amour pour le meilleur et pour le pire, et pour toujours, avec toute l’Humanité.

Or, parmi tous ces invités de dernière heure déjà assis à la table, il en est un sur lequel la parabole braque les projecteurs. Or, comment comprendre cette autre sévérité du roi avec l’invité qui s’est attablé sans revêtir le vêtement de noce : « Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir de vêtement de noce ? » L’autre garde le silence. Et la sanction tombe, elle est terrible : « Jetez-le , pieds et poings liés, dehors dans les ténèbres. »

Cette parabole fait appel à des symboles que les interlocuteurs de Jésus connaissent bien. Le vêtement est le signe de la fonction, mais surtout de l’état d’esprit, du désir ou non d’être d’accord avec les autres, ici du Roi qui organise la noce de son fils.

Au choix de venir se joindre doivent s’articuler la décision et le prix accepté de participer vraiment. Il ne faut pas être là seulement physiquement, il faut aussi se référer et s’accorder au Christ et à l’Evangile. En esprit et en vérité.

Comme si, dans l’Eglise, il y avait des gens acceptant d’avoir l’air d’être dedans tout en refusant de revêtir l’habit du Christ, l’Evangile.

Dans l’Humanité nouvelle que Jésus vient commencer et que continue aujourd’hui à faire naître l’Eglise actuelle, tout le monde, sans exception, est invité. Les chrétiens déjà fidèles comme les gens du seuil, et ceux très éloignés. Mais si quelqu’un entre et décide de s’asseoir, il doit être vraiment présent et participant. Il doit accorder le violon de sa vie sur le premier violon qu’est le Christ. C’est le Christ qui donne le ton et assure la communion. Car il est le Fils de la maison. Il est Dieu.

Il n’en reste pas moins que la porte de la salle des noces reste toute grande ouverte. Nous sommes libres de répondre à l’invitation en permanence. Si nous étions indifférents jusqu’à présent, qu’est-ce qui nous empêche de changer et de nous convertir ? La robe nuptiale est à notre portée. Elle nous est offerte. Elle est signe du désir de vivre l’Evangile. De nous efforcer d’être en communion avec le Christ.

Que la Parole et le Pain de Vie soient dans cette Eucharistie l’expression de notre accord avec Dieu, Père, Fils et Esprit, et de notre désir de considérer les autres comme des frères.

Extrait de Les billets du Père Lucien Marguet

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