Nous n’avons que cinq pains et deux poissons !

Dans le chapitre 14 de son évangile, Matthieu nous présente deux banquets, l’un à la suite de l’autre, et veut nous faire réfléchir sur ces deux événements. Il y a d’abord le banquet du roi Hérode suivi du banquet de la multiplication des pains dans le désert.
Le banquet d’Hérode est symbole d’arrogance, d’égoïsme, d’injustice et de violence. Il se termine par le meurtre de Jean Baptiste. La vie de ceux et celles qui n’ont pas de richesse et de pouvoir, la vie de ceux et celles qui s’opposent à l’oppression, n’a aucune valeur et on peut en disposer librement. Afin de ne pas perdre la face et d’assouvir la vengeance d’Érodiade, le roi fait exécuter Jean Baptiste sans la moindre hésitation, sans le moindre remords.
Contrairement au banquet du Roi, celui offert par Jésus est rempli de bonté et de pitié. «Le Christ vit la foule nombreuse et il en eut pitié. Il guérit leurs malades et leurs infirmes.» (Mt 14, 13) «Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai.» (Mt 11, 28)
Dans toute la Bible, l’image par excellence du Royaume est celle du festin : tantôt c’est un banquet offert à tous, tantôt un repas de noce servi à de nombreux convives. C’est toujours un repas de fête où l’on mange et boit à satiété et sans restriction, où on a le temps de vivre et de profiter de l’amitié et de la fraternité.
Le Christ nous invite ce matin à partager le peu que nous avons avec ceux et celles qui sont dans le besoin
Dans le désert, les apôtres voulaient renvoyer les gens vers les villages afin qu’ils trouvent de la nourriture, mais le Seigneur refuse de les laisser partir. Il demande à ses disciples de leur «donner eux-mêmes à manger». Ces derniers se sentent complètement désemparés et démunis devant l’insignifiance de leurs ressources : cinq pains et deux poissons! Devant les besoins immenses de notre monde, nous avons toujours l’impression de n’avoir rien à offrir, mais le Christ nous dit : «apportez quand même le peu que vous avez».
Dernièrement, je relisais une histoire que Mère Térésa racontait sur le partage. On lui avait dit qu’un couple de religion indou, avec huit enfants, n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Elle prit un sac de riz, se rendit dans la pauvre maison de cette famille nombreuse et le remit à la mère. Celle-ci vida le riz sur la table de cuisine, le divisa en deux parts égales, en remis une dans le sac et sortit de la maison. Quelques minutes plus tard elle revint et Mère Térésa lui demanda: «Où êtes vous allée?» La mère répondit: «Ils ont faim eux aussi !» La famille voisine, qui était musulmane et avait sept enfants, n’avait pas mangé elle non plus depuis plusieurs jours! Et Mère Térésa de dire: «Lorsque j’ai quitté cette famille, le visage des enfants rayonnait de joie parce qu’ils avaient pu partager leur pauvre nourriture avec la famille d’à côté. Mais ce qui m’a le plus frappé dans cette histoire, ajouta Mère Térésa, c’est que la mère qui souffrait de la faim avec ses enfants savait que la voisine avait le même problème, elle était au courant du malheur de ses voisins.
Parlant de partage et de dons, je me souviens d’une religieuse espagnole que j’ai connue au Zaïre. C’était une chirurgienne qui avait étudié la médecine en Espagne et en France et travaillait dans un hôpital au milieu de la forêt tropicale du centre du Zaïre (Congo). Je faisais alors la visite de nos nombreuses missions S.V.D. dans ce pays et le provincial et moi sommes allés visiter le petit hôpital des religieuses espagnoles : vitres brisées, une ampoule qui pendait ici et là au bout d’un fil électrique, salles sans portes, presque pas de médicaments… des conditions misérables et primitives. Soeur Dorothée, avec trois autres religieuses infirmières, opérait du matin jusqu’au soir. À la fin de la journée, elle entrait chez-elle, se plaignant du manque de moyens, d’argent et de médicaments. Et puis elle se demandait quelle différence cela pouvait faire devant cette marée de souffrance humaine! «Demain, me dit Dorothée, tout sera à recommencer… il n’y a pas de fin». Malgré cela, elle continuait à faire ce qu’elle pouvait et chaque jour, depuis 25 ans, cette chirurgienne chevronnée retournait à son hôpital de misère. Les quatre religieuses avaient peu à offrir mais ça faisait toute une différence pour les pauvres gens qui venaient se faire soigner et pouvaient être opérés par Dorothée.
Le Christ nous invite ce matin à partager le peu que nous avons avec ceux et celles qui sont dans le besoin : cinq pains et deux poissons, c’est peu mais ça peut faire toute la différence. Savoir partager notre peu d’argent, de temps, d’amitié, de sourires…
«Nous n’avons que cinq pains et deux poissons». Je connais des gens qui font parti d’une chorale et qui régulièrement vont chanter dans les résidences pour personnes âgées afin d’apporter un peu de joie et briser la monotonie et la solitude des résidents. Certaines personnes distribuent la popote roulante à ceux et celles dans le besoin. D’autres prennent le temps de porter la communion aux malades, priant avec eux et passant quelques instants en leur compagnie. D’autres donnent un coup de main aux infirmières des hôpitaux de la région et assistent les malades. D’autres encore cancellent une randonnée du dimanche, une partie de golf, un programme de télévision, pour visiter des parents, des grands parents ou des amis qui s’ennuient. Peu de choses, mais qui font une grande différence !
«Donnez-leur vous-mêmes à manger !» Comme le tournesol qui, tout au long de la journée, suit le soleil dans sa course, apprenons à nous tourner vers le Seigneur, qui nous invite à avoir un cœur tendre et à partager le peu que nous avons.
«Apportez vos cinq petits pains et vos deux poissons»

Par le Père Yvon-Michel Allard, extrait du site http://www.cursillos.ca

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