Le droit à la joie

La joie de Dieu renverse les fardeaux des hommes.

Un commentaire de Marcel Domergue, jésuite.

Le texte de Zacharie est comme une explosion de joie ; une joie qui trouve sa source dans la paix : arcs de guerre brisés, chars de combat disparus. Bien entendu, le prophète voit loin : cet Éden n’est pas encore là, il s’en faut. Cependant souvenons-nous que la foi est la manière de s’approprier dès maintenant ce qui n’est pas encore. Telle est la première phrase du chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux. Tout le reste de la lettre en sera le commentaire et montrera tous les patriarches en route vers un avenir qu’ils ne verront jamais. Il est vrai que si nous avions vraiment la foi nous connaîtrions cette joie, dans la certitude d’être en marche vers ce que Jésus appellera le Royaume, tout ce que nous avons à traverser et à subir n’étant que des jalons de cet itinéraire. C’est cette foi qui nous permet de trouver légers les fardeaux les plus lourds. Ainsi de la foi naît l’espérance ; non pas une attente aléatoire mais la certitude que la promesse de Dieu ne saurait être démentie. Difficile espérance qui se heurte à tant d’expériences contraires. Paul ne dit-il pas qu’Abraham, «père des croyants», a dû «espérer contre toute espérance» pour trouver la fécondité (Romains 4,18)? C’est bien de cela qu’il s’agit : nous ne pouvons faire advenir du nouveau que par la foi en la vie. La figure en est la décision d’engendrer : le fils ou la fille signalent notre espérance. La vie continuera. Et nous ne serons pas perdus en chemin : l’accomplissement de la vie et la joie réinvestiront tous ceux qui se sont succédé sur cet itinéraire.
Les grands et les petits
Nous pouvons considérer que ce qui vient d’être dit, venu de l’Écriture, dessine la carte de l’itinéraire que nous avons à parcourir. Or, entendant cela, beaucoup de révoltes se lèvent en nous. En effet la Sagesse de Dieu entre en contradiction avec la sagesse du «monde», notre sagesse spontanée, mise en forme et développée par «les sages et les savants». Voie sans issue, car mettre notre confiance dans nos raisonnements et nos certitudes immédiates nous enferme en nous-mêmes. Descartes disait bien «Je pense donc je suis». Peut-être aurait-il mieux fait de dire : je reçois donc je suis.À l’opposé de certitudes concoctées dans notre solitude, voici une vérité qui nous vient des autres.Nous existons par la Parole qui, à nous adressée, nous fait être. Cette parole fondatrice se diffracte dans toutes les paroles que nous échangeons entre nous. Passons pour l’instant sur le fait qu’il y a des paroles dénaturées, des paroles perverses, des paroles qui tuent. Il reste vrai que c’est la relation, donc l’autre, qui me fait exister.À l’opposé de celui qui « sait », ou qui croit savoir, qui se suffit à lui-même, le tout-petit. Lui, il a besoin des autres, non seulement pour apprendre mais pour survivre. L’indépendance peut devenir un piège. Le tout-petit, entièrement dépendant, est en situation de recevoir, les yeux tournés avec confiance vers plus fort que lui. C’est pourquoi nous avons tous besoin de redevenir enfants pour entrer dans le «Royaume».
Le fardeau et le joug
En Jérémie 23,33-40, le fardeau que doit porter Israël est assimilé à la parole de Dieu, disons à la Loi. D’ailleurs, dans ce texte, Dieu s’insurge contre cette confusion : la Parole ne saurait être un fardeau. Cela n’a pas empêché cette équivalence de s’imposer à la longue. C’est grave, puisque la Loi qui libère (Jacques, en 1,25, parle de la Loi parfaite de liberté) est confondue avec une parole qui asservit. N’oublions pas que le mot fardeau désigne souvent la servitude égyptienne ; les esclaves d’Égypte n’auraient-ils connu leur libération que pour devenir esclaves de Dieu ? Il est bien vrai que beaucoup de chrétiens vivent leur relation à Dieu comme un esclavage : pratiques diverses, messe dominicale, règles de morale… Si Jésus déclare son fardeau léger, c’est parce qu’il ne s’agit plus d’une relation à un texte mais d’un amour vécu entre des personnes. L’amour a certes ses exigences mais elles sont vécues avec aisance, dans la liberté. Le joug, on l’a souvent expliqué, est la pièce de bois qui sert à atteler deux animaux en vue d’une traction commune. Disciples, nous voici attelés avec le Christ. Tout de suite on pense au bois de la croix. Comment peut-on qualifier ce joug de «facile»? Parce que nous ne sommes pas seuls à peiner : nous sommes joints par l’amour à celui qui est doux et humble de cœur. Nous avons à porter notre vie, qui est souvent pesante, mais nous sommes deux.

Extrait du site https://croire.la-croix.com

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