Jésus marche sur les eaux. Combien de fois avons-nous entendu cette histoire ! Vous rappelez vous cette gravure de nos manuels d’école du dimanche représentant la barque des disciples secouée par les vagues et Jésus debout à côté ! faut-il croire à ce qui est raconté dans cette histoire, à la réalité de cette image que nous avons vue ? C’est l’une des questions qui se posent lorsqu’on lit ce texte. Et c’est une question qui revient assez souvent à propos de toutes les histoires de ce genre, nombreuses dans les évangiles. Alors, ne l’évacuons pas. Faut-il donc croire que Jésus a marché sur les eaux ? Regardons d’abord les inconvénients de chacune des deux réponses possibles.
La réponse affirmative en premier, celle qui heurte le plus nos contemporains : oui, Jésus l’a fait, puisque le texte le dit. Mais il y a une autre version de cet évènement dans l’évangile de Jean , qui diffère sur de nombreux points, et il n’en est question ni dans Luc, ni dans Marc. Où est alors la vérité puisque la relation de cet évènement est différente d’un évangile à l’autre et que les deux récits sont historiquement incompatibles. Si nous affirmons la vérité du texte, il faut l’affirmer sur tous les points, pour les deux récits et cela devient impossible. De plus cette réponse est totalement contraire aux convictions rationnelles et aux connaissances scientifiques de nos contemporains.
Pourtant la réponse négative comporte aussi des inconvénients majeurs. Que signifierait refuser que Jésus ait pu marcher sur la mer ? N’est-il pas, justement, l’incarnation du Fils éternel de Dieu ? Comment le Créateur serait-il incapable de marcher sur la mer, lui qui en est le maître? Refuser ce miracle au nom de la vraisemblance, c’est aussi refuser à Jésus la divinité au nom de la même vraisemblance
Et puis, refuser un élément du récit, c’est se donner la liberté de refuser les autres. Accuser le texte de mentir sur un point, c’est l’accuser d’être menteur tout court, et pourquoi pas sur tous les points ? Si je choisis dans ce récit, si je choisis dans l’Évangile, ce qui me plaît, et que je jette ce qui me déplaît, que va-t-il rester d’autre que ce que j’aurais pu écrire moi-même ? La Bible ne me sert alors plus à rien, et comme beaucoup de gens aujourd’hui, ma religion se réduit à l’envie que j’ai, à mes idées personnelles. Ma religion n’est plus qu’une projection de moi-même : je suis mon propre dieu
Devant de tels inconvénients pour chacune des deux réponses possibles : oui et non, que faut-il penser maintenant ? Je vous propose une fuite, mais une fuite qui n’en est pas une, au contraire. Je vous propose de considérer que la question de savoir si Jésus a marché sur la mer est une question sans intérêt ; plus même, une question qu’il n’y a pas lieu de se poser : Les évangiles, comme souvent, nous racontent ici une histoire qui n’a pas forcément de lien avec ce qui s’est passé vraiment ; une histoire pour nous faire comprendre qui est Jésus, ce qu’il fait pour nous ; une histoire qui est une forme de démonstration, généralement irrationnelle et imaginée pour nous convaincre . Comme l’a écrit Jean, en conclusion de son évangile : « Ces faits ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et pour que en croyant vous ayez la vie en son nom ».
Alors reprenons l’histoire que Matthieu nous raconte :
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