Bonne année ! Evangile de Jésus Christ selon saint Luc 2, 16-21

Bonne année !

Bonne année à vous tous, chers amis, qui, grâce aux merveilles technologiques de notre temps, pouvez me lire en ce premier jour de l’année. Si vous êtes déjà levés, bien sûr et surtout si l’année est déjà largement entamée, pour vous particulièrement amis du Japon et de l’Extrême Orient. Et bonne année à vous qui me lirez lorsque le soleil se lèvera sur les Amériques. Bonne année aussi, à vous, si nombreux amis d’Afrique. Sans oublier, bien sûr, mes fidèles compatriotes.  Bonne année également à vos familles, à vos voisins, à vos camarades de travail. Bonne année à tous ceux qui vous sont chers. « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde ; qu’il fasse briller sur vous son visage et qu’il vous apporte la paix. » On ne peut mieux exprimer ses vœux qu’en reprenant ce passage biblique du livre des Nombres (6, 22-27)

Je me demandais ce matin ce que signifiait cette tradition des vœux. En effet, on souhaite quelque chose, bien sûr, mais c’est tout ce qu’on peut faire pour les autres. On émet une parole, une parole de vœux. Elle exprime, d’abord, l’amitié. L’amitié que je vous porte, le souci que j’ai de vous, de votre bonheur, de votre santé. L’amitié également que vous me témoignez, par des gestes auxquels je suis très sensible. Avec tous les aléas de cette amitié, comme dans toutes nos familles. Il y a tout cela, dans la tradition des vœux. Mais, encore une fois, ce ne sont que des mots, et les mots ont leurs limites.

Pour une part, ce qui nous arrive au cours d’une année est totalement imprévu. C’est totalement indépendant de notre volonté : santé ou maladie, vie ou mort, des bonnes choses et des malheurs. Je souhaite donc que nous tous, nous sachions accueillir avec plaisir, avec joie, avec reconnaissance, tout ce qui nous arrivera de bon cette année. C’est vrai, on est tellement blasé, souvent, qu’on ne sait pas apprécier à sa juste valeur tout le bonheur qui nous arrive ! Je souhaite également que nous ayons la force de supporter courageusement ce qui nous arrivera de mal.

Mais j’espère également, et je souhaite que, pour une grande part, cette vie, ce soit nous qui la fassions de nos mains. Et je souhaite que tous, nous puissions travailler à apporter un peu plus de bonheur à notre monde. Sachant que ces trois cent soixante cinq jours, ces milliers d’heures, ces millions de minutes nous rapprochent tous de l’instant de notre Passage, de notre Pâque définitive liée à la Pâque du Christ, quand nous rencontrerons face à face le Seigneur juge et ami. Aussi, à vous chrétiens, je voudrais redire, en ce matin de Nouvel An, l’invitation de Jésus : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu, et tout le reste vous sera donné par surcroît ».

Marie gardait mémoire

En disant cela, je pense à Marie, Mère de Dieu. Vous avez entendu, tout à l’heure, dans l’Évangile, cette toute petite phrase qui nous dit l’attitude de Marie au matin de Noël, et sans doute dans les jours et les années qui ont suivi. Marie, nous dit l’Évangile « retenait tout cela, elle gardait mémoire de tout cela, et elle le méditait dans son cœur ». J’imagine Marie, au matin de Noël, quand elle s’est retrouvée seule, après le  départ des bergers. Marie qui se rappelle tous les événements des derniers mois (cela c’était facile) : la visite de l’ange, les jours de joie, les interrogations de Joseph, la longue route pour Bethléem, la peur de ne pas trouver où se loger… et cette nuit qui s’achève. Marie qui se dit : tout cela, il faut que je le garde (encore une fois, cela, c’est facile : une maman se rappelle toujours les moments difficiles et merveilleux de la naissance de son enfant). Marie garde tout dans sa mémoire. Mais en même temps « elle le médite », nous dit l’évangile. C’est-à-dire qu’elle cherche à en voir le sens. Elle se demande ce que tout cela signifie, et quelle sera la destinée de cet enfant. Et je crois également que Marie se dit : tout cela, il faut que je le garde pour le transmettre. Parce que j’ai à le transmettre.

Une transmission

J’imagine la première génération chrétienne. Les premiers petits jeunes qui ont été séduits par le Christ et qui viennent trouver sa mère pour lui demander : « Marie, raconte-nous. Dis-nous comment cela s’est passé ». Comme les enfants qui demandent toujours à leurs parents : « Maman, raconte-moi, quand j’étais petit ». Et qui adorent qu’on leur donne des tas de détails…

Eh bien, Marie a transmis ainsi tout ce qu’elle avait gardé, tout ce qu’elle avait engrangé dans sa mémoire. Et depuis, toutes les générations se transmettent et reprennent la méditation de Marie au matin de Noël. Ceux qui sont allés sur les routes, les conteurs des villes et des villages, et ceux qui ont écrit cela dans les Évangiles,  et tous les théologiens, tous les saints, connus et inconnus, tous les mystiques et toutes les humbles gens de la terre. Vingt siècles pendant lesquels, année après année, s’est faite la transmission de notre foi, de notre Bonne Nouvelle. Jusqu’à nous, enfin, qui l’avons reçue dès notre enfance. On nous l’a transmise comme un flambeau, comme un relais qu’on se passe. Un prêtre, ou nos parents, ou une catéchiste nous l’ont transmis. Et nous sommes devenus à notre tour les hommes de la mémoire vivante, pour transmettre à notre tour le message de Vie.

Aujourd’hui encore…

Mais voici que peut-être pour la première fois dans l’histoire, notre génération éprouve de grandes difficultés pour transmettre le flambeau de la foi. Pour une quantité de raisons. Les parents qui sont ici savent bien que c’est difficile, et combien ils ont peur que leurs jeunes refusent de reprendre le flambeau. C’est comme si ça ne passait plus. Cette mémoire vivante de l’Église, transmise de génération en génération depuis Marie et les Apôtres, on se demande si elle ne va pas disparaître. J’ai peur qu’il n’y ait, aujourd’hui, une rupture dans la grande chaîne de la tradition. C’est un peu comme si on vivait sans mémoire. Comme si on faisait abstraction de la mémoire. Il y a un certain mépris du « par cœur » (c’est pourtant un bien beau mot !). Et on ne fait plus fonctionner sa mémoire, alors que les hommes des traditions orales la faisaient fonctionner constamment. Nous, on a les ordinateurs. Ils ont des mémoires infiniment supérieures à tout ce qu’on peut imaginer. Alors, on emmagasine tout dans l’ordinateur. Mais nous, on peut très bien, à côté d’un ordinateur, vivre sans mémoire. Et c’est dommage. C’est comme si l’on vivait sans passé, sans racines. Je me demande même parfois si, pour les enfants, le passé est quelque chose de réel, si ce n’est pas un peu comme les histoires de la télé, de la fiction, de l’imaginaire.

Mais ce qui motive mes craintes, c’est quelque chose de plus profond. J’ai peur qu’il y ait aujourd’hui, entre générations, une rupture de la chaîne, une rupture de la continuité. Pas seulement sur le plan de la transmission d’une culture ou d’une expérience humaine, mais jusqu’au plan de la transmission de la foi. C’est comme si tout notre passé, ce n’était pas du réel, du réel qui nous aide à vivre le présent.

Faire mémoire

Je souhaite que, comme Marie, nous soyons la mémoire vivante de l’Église. Une mémoire qui retient. Une mémoire qui médite. Une mémoire qui transmet. Ce serait terrible, frères, si un jour nos petits enfants ne savaient pas ce que représente Noël pour nous. Ou s’ils nous disaient : « Noël, c’est la fête des cadeaux… c’est la fête de la famille… c’est la fête des enfants ».

Il y a un risque. Je vous le signale. Si nous chrétiens, nous sommes la mémoire vivante, la mémoire affective, la mémoire du cœur, par nos paroles, mais aussi par nos gestes, nous qui, chaque dimanche, faisons mémoire, ici, dans l’Eucharistie, de la naissance, de la vie, de la mort et de la Résurrection du Seigneur Jésus, nous pourrons transmettre le flambeau……et tout le reste nous sera donné par surcroît.

Extrait du site http://leon.paillot.pagesperso-orange.fr/

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