« Ils  n’ont plus de vin »

C’est incroyable, inimaginable, inadmissible : comment peut-on organiser un repas de noces et tomber à court de vin ? Ce serait une honte et surtout d’un sans-gêne inacceptable.  Ce serait faire preuve d’une avarice révoltante et c’est un affront à tous les invités : les laisser mourir de soif le plus beau jour de la vie des jeunes mariés !

            Et pourtant il y a tellement de couples qui maintenant manquent de vin pour accomplir la longue traversée de la vie.  Ils n’ont plus de vin, ils s’arrêtent et ils se séparent.  Peut-être se sont-ils laissé enivrer par la coupe des premières rencontres.  Ils ont plongé dans les joies de la découverte rapide et superficielle.  Ils se sont promis monts et merveilles, mais la routine de la vie quotidienne a revêtu d’un linceul de plus en plus épais les élans initiaux des cœurs enflammés.  Les petites mesquineries sont venues ajouter de petites écorchures qui sont devenus brutalement de grandes blessures.  Alors le vin a suri.  Ce n’était plus la grande fête.  C’était les lendemains désenchantés d’un bonheur trop vite consommé. 

            L’entourage avait pourtant bien remarqué qu’il y avait quelques difficultés et il s’en était inquiété, comme Marie qui avait bien vu que le vin allait manquer.  Mais il était peut-être encore trop tôt.  Les cuves de pierre n’étaient pas encore remplies pour pouvoir être changées en vin.  Mais remplies de quoi ? Remplies d’eau ? Bien sûr, de l’eau amère des larmes versées après bien des blessures et d’humiliations.  Fallait-il donc qu’il y eût tant de larmes pour mettre fin à toute cette tragédie ? Oui, peut-être, mais n’était-ce pas la même question que Jésus devait se poser quand, la croix sur les épaules, il montait vers le mont Golgotha et que la foule en furie lui crachait dessus et l’assommait d’insultes et de cris hostiles.  Fallait-il qu’il supporte tout cela jusqu’à boire un peu de vinaigre alors qu’il pendait sur la croix ? Etait-ce le prix à payer pour que l’eau des larmes devînt le vin de la noce ?

            C’était sans doute le prix à payer pour pouvoir renoncer à l’amour propre et aux exigences mutuelles.   Le Christ, renonçant à son titre divin, vint partager au milieu de nous les espoirs et surtout les trahisons de notre vie humaine.  S’il a pu changer le vin de la Dernière Cène en son sang, c’est sans doute parce qu’il avait montré le véritable chemin pour rencontrer l’autre, le bien-aimé.  Ce n’était pas chargé de prétentions ni de revendications qu’il était venu rencontrer les hommes.  Ce fut dans le dépouillement complet comme celui que François d’Assise imita, que Maximilian Kolbe accepta. 

            Ce fut ce renoncement à soi qui permit aux cuves pleines de larmes de devenir des réserves de vin nouveau. Et pourquoi et comment ? Simplement parce que l’homme a pu dire à son Dieu : « sans toi, ma vie n’a pas de sens ; grâce à toi, ma vie prend tout son sens.  Je t’ai peut-être aimé, mais c’est surtout qui m’a aimé, jusqu’à en mourir ».  Le vin nouveau de Cana surgit d’un cri d’admiration pour celui qui est venu sur terre nous apporter la Bonne Nouvelle de son amour, et cela pour l’éternité.

Philippe Henne, extrait du site https://dominicains.be/

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