Le Samedi saint : le jour d’un silence aimant

« Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. La terre a tremblée et elle s’est apaisée, parce que Dieu s’est endormi dans la chair. » Ainsi commence une homélie très ancienne que la liturgie des Heures nous donne à méditer chaque année le Samedi saint. C’est dans cette perspective qu’il nous faut aborder la spécificité liturgique de ce jour.

Entre mort et Résurrection

Le Samedi saint est ce jour intermédiaire dont on ne sait pas très bien ce qu’il faut en dire. « Que se passe-t-il ? » dit l’homélie ancienne. Que se passe-t-il pour les disciples contraints de constater ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, ce prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple (Lc 24, 19-20) : condamné, crucifié, il est mort. Bien des sentiments traversent la tête et le cœur de ses hommes et de ses femmes qui ont mis leur espérance en Jésus. Dans un silence sidéré, ils s’interrogent, doutent, se révoltent, mais plus que tout, ils font mémoire des actes et des paroles de Jésus. Fondamentalement, le Samedi saint est un jour de relecture où remonte la question posée par Jésus lui-même : Pour vous qui suis-je ? Question posée aux disciples quelques jours avant la scène grandiose de la Transfiguration, mais aussi question indirecte ou inversée posée aux foules, aux scribes et aux pharisiens –dans saint Jean chapitre 8 entendu durant la 5e semaine de Carême – car lorsque Jésus dit Je suis, il oblige l’auditeur à se positionner : cet homme est un imposteur, un fou, un homme à part, le fils de Dieu ? Et ces questions, dans le cœur des disciples, butent sur la croix, sur la mort brutale de Jésus, sur cet anéantissement apparent de tout espoir. Même si certains se souviennent d’étranges paroles de Jésus : Il faut que le Fils de l’homme soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite (Lc 9, 22).

Si tous croient que les morts ressusciteront au dernier jour (Jn 11, 24), si la plupart ont vu la résurrection de Lazare, aucun n’a compris le sens exact de cette parole de Jésus. Pris entre la mort de Jésus et sa résurrection, le Samedi saint fait place au silence de l’intériorisation, à l’approfondissement des faits et gestes de Jésus. Il appelle à faire un acte de foi semblable à celui du Centurion : Vraiment cet homme était Fils de Dieu ! (Mc 16, 39).

Un jour en creux

Si le Samedi saint est un jour « en creux », il nous appartient d’assumer ce « creux » pour en recevoir les fruits.

Les premiers chrétiens faisaient de ce jour, un jour de jeûne absolu, non pénitentiel, mais festif : un jeûne de désir, du désir d’être comblé par la résurrection du Christ. Il s’agit donc de ne pas vouloir remplir ce jour de choses à faire, mais bien plutôt d’accepter ce vide. Si le Christ, qui est notre vie, « s’est endormi », ce n’est pas pour que nous l’abandonnions, mais bien pour que nous veillions auprès de lui, différemment du Jeudi saint. C’est l’occasion de prendre la mesure du vide et de l’absence, mais pas de manière désespérée justement parce que la méditation des actes et des paroles du Christ nous redit en qui nous avons mis notre espérance.

Deux jours aliturgiques

Le Samedi saint fait partie intégrante du Triduum pascal qui est la grande célébration annuelle de la Pâque du Christ. Cette seule et même célébration maintient vive, durant quatre jours, la mémoire de l’unique sacrifice rédempteur – sauveur – du Christ. Du Jeudi saint au dimanche de Pâques, nous sommes rendus participant à l’offrande que Jésus fait de lui-même pour notre salut. Le Samedi saint n’est pas un jour à part, il est un jour à prendre en compte au cœur de cet ensemble parce qu’il est le lieu d’une résonance entre les événements qui constituent le mystère pascal.

Entre la célébration eucharistique du Jeudi saint et celle de la nuit de Pâques, l’Église ne célèbre pas l’eucharistie. Il y a donc deux jours aliturgiques au sens où l’on donne le nom de « liturgie » uniquement à la célébration eucharistique (la Divine liturgie comme l’appellent les Orientaux), mais ce ne sont pas deux jours sans liturgie, car l’Église prie, elle se rassemble pour former le corps du Christ en prière. Elle fait monter sa grande prière le Vendredi saint en se tenant devant la Croix où Jésus offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect (He 5, 7). Elle continue de prier le Samedi saint, mais avec retenu dans une plus grande sobriété. Sans éclat, elle se réunit pour célébrer les Heures qui soutiennent son espérance.

Extrait du site https://catechese.catholique.fr/

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