L’heure n’est pas au jugement du méchant mais au service de la Bonté qui se donne…

Mt 13, 24-43

« Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ » Le fond de tout en notre monde est cette positivité de Celui qui donne, qui se donne. Il donne du bon et il attend du bon en retour comme naturellement : le Père. Cette dimension du don est fondamentale, elle s’impose, elle rythme, colore, imprègne tout l’univers. Dieu le Père a créé, crée le monde, les vivants pour la Vie, la Vie en plénitude, le Royaume avec Lui… tout le reste ne sera qu’aléa par rapport à cette réalité première qui est à saisir, à respecter, à contempler et à louer… Cette parabole s’adresse donc surtout à ceux qui commencent à suivre, à répondre à l’appel du Seigneur. Elle les appelle à se situer dans la réalité plénière, celle du don, qui les dépasse.

« Veux tu que nous allions l’enlever ? ». Une générosité naissante qui veut porter remède, mais qui doit d’abord se situer justement. Le serviteur n’est pas le maître, le serviteur n’est pas le moissonneur non plus. Le temps de la croissance n’est pas celui de la moisson. Chacun doit laisser faire, laisser advenir, être à sa juste place, savoir ce qui compte vraiment… Le Royaume pousse de lui-même, comme le disent les autres paraboles du grain de moutarde et du levain. Cette croissance s’impose à tous, à Jésus lui-même qui ne cesse de contempler l’action du Père. Considérer cette longue transformation de la vie qui s’impose à tous et à chacun. C’est elle qui doit être appréhendée, suivie, admirée, respectée… L’ennemi n’est qu’un ennemi et son action est relative. Ce qui compte surtout : ne pas blesser la Vie qui pousse aussi bien en soi qu’en l’autre, être doux envers tous et d’abord envers soi-même…

« Tous ceux qui font tomber les autres » Ce que Jésus a dit à tous sous forme de parabole, il le redit à ceux qui sont censés être plus proches de Lui… Le jugement n’est pas pour aujourd’hui. Il sera remis au Fils de l’Homme et à ses anges, plus tard, à la fin. Juger avant signifierait se mettre au-dessus de ce qui advient. C’est une illusion. Dans sa réponse, Jésus pointe simplement pour nous cet enjeu : « ne pas faire tomber l’autre ». Et là aussi, réalisons-le l’autre à l’extérieur mais aussi l’autre en nous-mêmes. S’aimer, se respecter, ne pas en faire plus que nous n’en pouvons dans nos efforts de perfection, se laisser, surtout et toujours, toucher par la Bonté qui m’attend… Voilà le chemin offert au disciple. La transformation m’est donnée, je n’ai qu’à l’accueillir, c’est-à-dire répondre à l’appel depuis toujours, recevoir simplement ce qui m’est donné, recevoir la Bonté pour moi. Il ne m’est pas demandé plus que cela.

Jean-Luc Fabre, compagnon jésuite

Extrait du site jardinierdedieu.fr

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