La connaissance de la gloire

7e dimanche de Pâques

L’unité de Dieu, du Christ et des hommes dans la gloire par le père Marcel Domergue, sj

Dans notre évangile, certains mots reviennent avec insistance : la gloire et la glorification, les verbes connaître et reconnaître, donner (la vie, la gloire…), le monde. Comprendre ce texte revient à découvrir les liens qui unissent ces divers thèmes. Attardons-nous d’abord au rapport gloire-connaissance. Il est évident que nous avons du mal à connaître Dieu ; il échappe aux prises de notre intelligence. Pire encore : nous nous faisons de lui une idée fausse, mise en parabole dans le dialogue de la femme (figure de l’humanité en tant qu’elle est accueil et fécondité) et du serpent en Genèse 3. Si l’on insiste tant sur la confiance en Dieu, c’est bien en raison d’une défiance plus ou moins consciente envers lui. Glorifier Dieu revient à surmonter cette défiance pour le reconnaître tel qu’il est, c’est-à-dire Amour. Mais savons-nous vraiment ce qu’est l’amour ? Nous devons dépasser les définitions intellectuelles pour nous fonder sur l’expérience de l’oeuvre de Dieu. Quelle oeuvre ? Celle que va accomplir le Christ donnant sa vie pour les hommes ; il n’y a pas de plus grand amour (Jean 15,13). Et Jésus ne va pas donner sa vie n’importe comment : il va se soumettre à la méchanceté déchaînée des fratricides que nous sommes tous d’une manière ou d’une autre ; il va aller jusqu’au plus bas de notre détresse, pour que tout homme sache qu’il n’est pas d’enfer où Dieu ne soit venu le rejoindre, et le chercher.
L’unité de Dieu, du Christ et des hommes dans la gloire
Être Dieu, c’est donc donner la vie, donner sa vie. Par contrecoup, reconnaître cela, l’accueillir, revient à entrer nous-mêmes dans la vie éternelle de Dieu. Dès lors, en effet, nous nous mettons à exister pour de bon, puisque nous devenons enfin ce que nous avons à être : images et ressemblance. D’où la conséquence d’avoir nous aussi à donner notre vie, comme Dieu. C’est là que nous rendons gloire vraiment. Le sommet de notre relation à Dieu, la relation qui nous fait être, est bien l’action de grâce, la re-connaissance. Mais cette attitude, pour être vraie, ne doit pas être seulement mentale, elle doit se vivre en tous nos comportements. Que le spectacle de la Croix puisse être pour nous, au-delà de la compassion, source de notre joie, tel est le paradoxe de notre foi en celui qui va jusqu’à nous donner sa vie. Ce don est sa gloire, une gloire que nous devons finalement partager, puisque « connaître » et «faire un» sont équivalents dans le vocabulaire biblique. C’est pourquoi Jésus dit (Jean 17,22, hors lecture) : «Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un…» Le thème de l’unité du Christ avec le Père et de notre unité avec lui court à travers tout le discours. Ce qui est remarquable, c’est que cette unité ne gomme pas les différences, mais les valorise.
Le salut du monde
Neutraliser la mort en l’acceptant et en la traversant, voilà une des manifestations majeures de la gloire du Christ. Là, Dieu est révélé comme le vivant et le donateur d’une vie indestructible. Cependant, si le Christ a débouché dans la gloire de la vie divine, nous n’en sommes pas encore là. «Désormais, dit Jésus, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde alors que moi, je viens vers toi» (Jean 17,11, hors lecture). Le terme « monde » est très ambigu dans le discours d’adieu de Jésus, comme dans toute la Bible. Tantôt il signifie l’ensemble de la création, et l’humanité en particulier, tantôt il désigne ce qui reste étranger et hostile à Dieu ; et par conséquent à l’homme, car l’homme lui-même sécrète ce qui le détruit. D’autres textes nous apprennent que Dieu n’abandonne pas ce monde mais vient le sauver. Seulement voilà, le sauver consiste à le faire parvenir à l’image divine, à l’amour et, on l’a dit, cela ne peut se faire que par le chemin de la liberté humaine. Nous voici donc immergés dans un monde réfractaire à l’amour, un monde dont les dieux ne sont pas don de soi mais volonté de posséder et de dominer ; un monde donc qui continue à crucifier. Le Christ, ressuscitant, a-t-il tiré son épingle du jeu ? Non ! Car il reste en proie au mal du monde en son corps constitué par ses disciples. Nous sommes toujours dans l’attente de l’ultime manifestation de la Gloire. L’Écriture parle à ce propos du «retour» du Christ. C’est en espérance que nous sommes sauvés (Romains 8,24). Mais cette espérance est déjà présence du salut.

Extrait du site https://croire.la-croix.com

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