Que s’est-il passé ce jour-là chez le pharisien qui avait invité Jésus ? Nous ne le savons pas au juste. En général les invités les plus honorables arrivaient les derniers, et peut-être a-t-il fallu faire de la place au dernier moment pour un pharisien de renom. En tout cas un détail n’avait pas échappé à Jésus : comme il n’y avait pas, sur la table, de petits cartons nominatifs, chacun, en arrivant, s’était dépêché de s’asseoir aux bonnes places, le plus près possible du maître de maison.
Ce souci du point d’honneur, Jésus le reprochait souvent aux scribes et aux pharisiens, c’est-à-dire à des intellectuels et à des pratiquants de la synagogue ; il le reprochera même à ses apôtres, le soir du dernier souper, au moment de leur laver les pieds, lui, le Maître et le Seigneur. Mais dès ce jour-là, chez le pharisien, Jésus saisit l’événement pour donner à tous une leçon.
À première vue, il semblerait que ce soit une leçon de politesse et de bon sens : prendre d’office la meilleure place, cela ne se fait pas, et de plus cela n’est pas malin, surtout quand on ignore qui a été invité. Mais au-delà de cet appel au savoir-vivre élémentaire, Jésus vise les relations de l’homme avec Dieu, de l’homme invité avec Dieu qui l’invite. Le banquet des noces, c’était, du temps de Jésus, une image classique du Royaume de Dieu, et les auditeurs de Jésus ont fort bien compris le proverbe qui conclut la parabole : « Celui qui s’élève sera abaissé » … par Dieu ! « Celui qui s’abaisse sera élevé » … par Dieu !
Chacun de nous est invité par Dieu à sa table, donc à son intimité ; mais chacun est invité parmi d’autres. Aux yeux de Dieu il en est parmi nous qui sont plus dignes, pas forcément les plus cultivés, les plus choyés ou les plus riches, pas forcément les prêtres ou les religieuses, mais ceux et celles dont la vie tout entière est une réponse d’amour à l’invitation aimante de Dieu, ceux et celles dont la joie est d’accomplir chaque jour l’œuvre du Père et de coïncider avec son projet de salut.
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