« Que ton Règne vienne »

Replaçons d’abord le passage d’aujourd’hui dans son contexte :

Il s’agit de trois paraboles très courtes, racontées par Jésus après le récit des paraboles du semeur, de l’ivraie, du levain et du grain de moutarde, dont parlent aussi Marc et Luc ; mais Matthieu est le seul évangéliste à nous rapporter celles d’aujourd’hui qui parlent d’un trésor, d’une perle et d’un filet. Ces 7 paraboles traitent toutes du Royaume des Cieux – pour ne pas dire Royaume de Dieu, ce qui à l’époque de Matthieu, lettré juif respectueux des commandements, ne se faisait pas, puisqu’il n’était pas permis de nommer Dieu ; et elles commencent toutes, sauf d’ailleurs celles du semeur, par les mêmes mots « le royaume des cieux est semblable à…. . »

Ces paraboles, Jésus les destine seulement aux disciples Jésus a raconté les paraboles du semeur, de l’ivraie, du grain de moutarde et du levain, dehors, à la foule, et il lui a expliqué la parabole du semeur. Puis, il est rentré dans la maison. Les disciples lui demandent alors d’expliquer la parabole de l’ivraie, ce qu’il fait, et il poursuit avec le récit de nos trois textes. Il termine cet enseignement par une question, celle que tout bon pédagogue devrait d’ailleurs poser : « Avez-vous compris tout ceci ? », « Oui » lui disent-ils : réponse nette, et claire ; « Tant mieux pour eux » a-t-on envie de dire, ils ont compris ! Mais au fait, qu’est-ce qu’ils ont compris ? Ont-ils compris ce que Jésus voulait qu’ils comprennent ?. Et nous qu’est-ce que nous comprenons ?

Ces 3 courtes histoires sont en fait significativement différentes bien qu’elles traitent le même sujet. L’une dit : le royaume des cieux est semblable à un marchand (donc à un homme), l’autre dit le royaume des cieux est semblable à un trésor (donc une chose) et la 3ème que ce royaume est semblable à un filet plein de poissons (donc un lieu, mais aussi une chose – et aussi une situation).

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Mt 13, 24-43 L’heure n’est pas au jugement du méchant mais au service de la Bonté qui se donne…

« Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ » Le fond de tout en notre monde est cette positivité de Celui qui donne, qui se donne. Il donne du bon et il attend du bon en retour comme naturellement : le Père. Cette dimension du don est fondamentale, elle s’impose, elle rythme, colore, imprègne tout l’univers. Dieu le Père a créé, crée le monde, les vivants pour la Vie, la Vie en plénitude, le Royaume avec Lui… tout le reste ne sera qu’aléa par rapport à cette réalité première qui est à saisir, à respecter, à contempler et à louer… Cette parabole s’adresse donc surtout à ceux qui commencent à suivre, à répondre à l’appel du Seigneur. Elle les appelle à se situer dans la réalité plénière, celle du don, qui les dépasse.

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Les clés du royaume…

Frères et sœurs, cette question posée par les disciples à Jésus (v.10), nous sommes conduits à la poser nous-mêmes ce matin.

Ce à quoi Jésus répond : les foules auxquelles je m’adresse, ou plutôt les scribes et les pharisiens[2] auxquels je m’adresse sont des gens au cœur fermé, aveugles et sourds sans le savoir, qui ne peuvent donc discerner le chemin pour accéder au Royaume de Dieu.

Jésus utilise l’expression les mystères du royaume des cieux (v.11), car en effet il y a au moins un mystère : Pourquoi certains y accéderaient, à ce Royaume, et d’autres pas, puisque les disciples, eux, ont le privilège de les connaître ? (v.11)

Tout d’abord, il faut régler une question subsidiaire : Royaume de Dieu, Royaume des Cieux, cela ne désigne pas un lieu, mais une communauté, celle des chercheurs de Dieu, et c’est Esaïe, dans notre lecture de ce matin, qui nous donne une clé : Cette communauté est celle de ceux qui auront abandonné les chemins iniques, les pensées obscures, pour se tourner vers l’Eternel, celui qui ne se lasse pas de pardonner (v.7).

Et l’on notera qu’avec cette proclamation d’un Dieu qui ne se lasse pas de pardonner, il annonce déjà qu’au-delà de la Loi donnée à Moïse 7 siècles plus tôt[3], c’est le pardon qui est proclamé, alors que scribes et pharisiens, voyant en la Loi un juge de leurs comportements individuels, poursuivaient par leurs actes une pureté illusoire, dont ils étaient persuadés pouvoir se prévaloir lors des fins dernières et mettre en avant leurs propres mérites.

On est effectivement loin de la prophétie d’Esaïe, et du message de Jésus.

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Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits

Il est des êtres qui semblent prêter leur voix au Saint Esprit, à leur insu. Ces personnes sont comme dotées d’un feeling spirituel, d’une perception des choses dont la justesse se révèle par une parole bien à propos, quoi que rare, pour qui doit la recevoir. Chargées de vérité, « d’une vérité », voire d’humour ou de sagesse, ces paroles vont dans le sens du don la vie. Ces êtres semblent accéder de plain-pied aux « mystères du Royaume ». Seraient-ils les « tout-petits » dont Jésus fait la louange ? : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » (Mt 11, 25).Où est la bienveillance de Dieu ?

N’est-elle pas, précisément, en ce que ces paroles de vie nous viennent de celles et ceux dont, à vue humaine, on s’attend le moins, les tout-petits, et non les sages et les intelligents, les férus de la loi ? Dans sa liberté souveraine, Dieu révèle ses mystères en faisant éclater toutes nos catégories humaines…Qui veut connaitre le Père n’y parviendra pas à la force du poignet, sous le joug de la loi, mais dans l’accueil d’un don, celui du Fils, doux et humble de cœur, qui nous appelle à devenir disciple.

Extrait du site https://www.carmelsaintjoseph.com/

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Aimer le Christ plus que son père ou sa mère, aimer le Christ plus que ses propres enfants ! Voilà des paroles bien dures et bien difficiles à entendre et à comprendre. 

L’avantage ou l’inconvénient en suivant le lectionnaire, c’est selon la manière de voir les choses, c’est qu’on tombe sur des textes que l’on n’aurait pas forcément choisis !

Aimer le Christ plus que son père ou sa mère, aimer le Christ plus que ses propres enfants ! Voilà des paroles bien dures et bien difficiles à entendre et à comprendre. Il faut l’admettre. Pour moi qui suis un papa poule et un grand-papa gâteux, j’ai beaucoup de peine avec ces propos de Jésus qui, de plus, semblent en contradiction avec 95 % de ses paroles qui invitent à l’amour et à la réconciliation. Ici la foi semble au contraire une raison de division, de rupture de liens. Quand en plus Jésus rajoute qu’il faut porter sa croix pour le suivre, je ne trouve pas ça très porteur comme message ! Jésus était-il de mauvaise humeur, énervé, contrarié pour tenir de tels propos ?

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