Le vent était contraire. Depuis des heures, ils s’escrimaient à ramer, à tour de rôle, pour faire avancer la barque, tant bien que mal, sur le lac de Gennésareth. La lune, quasiment pleine, leur permettait de voir où ils allaient. Mais après ces heures d’effort, malgré les pains et les poissons que Jésus avait rompus pour eux la veille au soir, leurs forces semblaient vaines, face au vent, et leur destination encore si éloignée.
Si seulement Jésus était là
Simon-Pierre et André, les deux frères de Bethsaïde, au nord du lac, venaient de passer le relais à Jacques et Jean, de Capharnaüm. C’est là qu’ils avaient rencontré Jésus, venu de Nazareth, et qu’ils avaient répondu à son appel à le suivre. Peu à peu, Jésus en avait appelé d’autres, de sorte qu’ils étaient une quinzaine d’hommes dans cette barque de pécheurs, qui n’avançait pas plus que cela, malgré leurs efforts.
Mais Jésus n’était pas avec eux dans la barque. Il était resté sur le rivage, renvoyant les foules qui avaient partagé les quelques pains et les poissons. Simon était encore étonné de la manière dont Jésus avait agi. Alors qu’il n’y avait même pas de quoi nourrir le petit groupe de ses disciples, le maître avait prié, partagé les cinq pains et les deux poissons, et confié la nourriture aux disciples pour qu’ils nourrissent les foules. La confiance de Jésus en son Père des cieux ne cessait de surprendre Simon-Pierre. Tout semblait si simple avec lui : malades guéris, démons chassés, et jusqu’à ce lac, où il avait fait cesser une tempête. Si seulement il était là maintenant, si seulement Simon avait un peu de cette confiance, ne pourrait-il pas lui aussi ordonner au vent de tomber ? À ce moment-là, alors que le petit matin approchait, ceux qui ramaient s’arrêtèrent. Simon-Pierre les regarda et se retourna alors dans la direction que Jean lui indiquait du bras. Comme lui, il voyait distinctement, à la lumière de la lune, quelque chose s’approcher d’eux, avançant rapidement sur le lac, comme s’il n’y avait ni vent ni vagues. Qu’est-ce que cela pouvait être ? Simon-Pierre entendit certains murmurer : « Fantôme, c’est un fantôme, il vient pour nous entraîner au fond du lac ». D’autres se mirent à crier, comme pour effrayer le « fantôme ». Cependant la figure se rapprochait, et quand elle fut à portée de voix, Simon-Pierre reconnut Jésus, marchant sur les eaux. Celui-ci leur parla : « Ayez courage, c’est moi, n’ayez pas peur ».
« Viens ! », dit Jésus
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