Voici que nous sommes arrivés à un moment de nos célébrations qui pour beaucoup de gens pose pas mal de difficultés. Où sommes-nous au juste?; à quel moment exact entre la passion du Christ et sa résurrection nous trouvons-nous maintenant?; est-Il déjà ressuscité, ou faut-il quand-même encore attendre jusqu’à cette nuit?; mais alors, sommes-nous déjà en joie ou encore en deuil?; mais si nous sommes en deuil, pourquoi avons-nous changé les couleurs de noir en clair et pourquoi avons-nous entendu l’Évangile de la résurrection du Christ?; si, d’autre part, nous sommes déjà en joie, pourquoi attendre la nuit prochaine pour donner libre cours à nos chants et nos sentiments de joie et à nos exclamations: “Le Christ est ressuscité!”?
Le véritable problème est que trop souvent nous nous arrêtons à l’aspect chronologique du temps sans être capable d’y discerner le ‘Kairos’: le temps comme moment unique et propice. C’est que trop souvent nous ne prenons en considération que les apparences ou, mieux, nous nous arrêtons à ce qui nous paraît, comme s’il n’y avait rien au delà, comme si la réalité d’une chose s’arrête là où son ombre nous atteint, comme si le mystère n’est que le superflu d’une chose au lieu d’en être l’essentiel, comme si le temps est là pour lui-même, comme si le temps devait s’épuiser en lui-même au lieu d’être le ‘pli’ à travers lequel l’immense mystère de l’Être et de la Création se dévoile devant nous tel une étoffe aux plis nombreux, tissée par le tisserand céleste pour nous en revêtir tout entier et tous ensemble.
Or le moment présent est, en effet, le temps par excellence de l’Eucharistie, car nous sommes arrivés au point mort du temps. D’ici, le temps ne recommencera que comme pulsion d’‘Eucharistie universelle’ et à son rythme, nous transformant nous-mêmes, chacun tout entier et tous ensemble en un seul corps d’Eucharistie. Le sens de toute Eucharistie ne se dévoile qu’au cœur de ce Grand Sabbat. Mais, en même temps, tout ce que ce grand et saint samedi contient et signifie, tout le mystère de la passion et de la résurrection du Christ, ne se communique à nous en plénitude qu’à travers l’Eucharistie, qu’à travers toute Eucharistie que nous célébrons.
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