Dans un de ses sermons où il traite de l’humilité, Saint-Jean Chrysostome emploie une allégorie, s’adressant ainsi à son auditeur : »Pour que tu apprennes combien il est bon de ne pas avoir une haute idée de soi-même, représente-toi deux chars. Attelle à l’un la vertu et l’orgueil, à l’autre le péché et l’humilité. Tu verras l’attelage du péché devancer celui de la vertu, non certes par sa propre puissance, mais par la force de l’humilité qui l’accompagne, et tu verras l’autre dépassé non à cause de la faiblesse de la vertu, mais à cause du poids et de l’énormité de l’orgueil. En effet, de même que l’humilité, grâce à son immense force d’élévation, triomphe de la pesanteur du péché et est la première à monter au ciel, ainsi l’orgueil, à cause de son grand poids et de son énormité, parvient à l’emporter sur l’agilité de la vertu et à l’entraîner facilement vers le bas. » Cette allégorie des deux attelages illustre parfaitement la parabole que nous venons d’entendre dans l’évangile de Luc. Sa conclusion : » qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé » est reprise par saint Benoît comme introduction du chapitre de la Règle sur l’humilité.
Mais revenons à l’introduction de l’évangile de ce jour. » Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être juste et qu’ils méprisaient les autres ». Nous pensons facilement aux pharisiens auquel Jésus précédemment adresser de vifs reproches. Mais ici, tout en les visant, il ne les nomme pas. Ils ne sont donc pas les seuls concernés. Il peut s’agir aussi de croyants de la communauté chrétienne à laquelle nous appartenons. Pénétrés de l’enseignement de Jésus, nous aimerions nous reconnaître dans l’attitude du publicain, nous présentant avec humilité devant Dieu. Et nous essayons sincèrement de le faire. Mais nous éprouvons aussi un sentiment d’autosatisfaction, en minimisant nos torts et cherchant à nous justifier nous-mêmes au lieu d’attendre le salut de Dieu. Et plus encore, nous tombons aussi dans la comparaison, nous estimant meilleurs que les autres et jugeant ce qui nous semble en contradiction avec les principes de la morale et de la religion, sans voir toujours nos propres écarts.
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